L’orage gronde, la pluie se déchaine, je suis en retard et cours rejoindre Vincent à sa galerie, au 10 rue juiverie dans le 5ème à Lyon. J’arrive trempée et essoufflée. Lui m’attend au sec et avec le sourire. Dès le seuil franchi, on se sent bien, parmi les nombreux végétaux et les aquarelles qui ornent les murs et comme soudain, apaisé. Vincent a le don pour créer une ambiance conviviale, détendue, dans la simplicité et la bonne humeur, le tout dans un décor raffiné. Une élève sur le départ discutera encore avec nous sans arriver à partir. Nous sommes heureux de nous retrouver, comme à chaque fois. La discussion tourne autour de la soirée qui doit se dérouler la semaine suivante. Trente-cinq élèves et leurs invités sont attendus. Tous exposeront chacun leur meilleure peinture autour d’un pot de l’amitié. Il faudra pousser les murs et décrocher toutes les aquarelles de Vincent. Des rencontres toujours intéressantes et très éclectiques avec des passionnés de tout âge et de tout milieu. Surprenant de voir le même modèle de fleur, fruit ou légume reproduit par chacun avec un résultat complètement différent.


Vincent a commencé à enseigner il y a peu de temps au vue de sa carrière. Je le sais, j’étais sa première élève ! J’ai bénéficié de cours particuliers et je ne sais qui, de lui ou de moi, était le plus intimidé ! C’était il y a trois ans. Cette envie d’enseigner lui est venue à 50 ans, soudainement, comme une urgence, un besoin de transmettre. Pourtant, depuis de nombreuses années, les demandes de cours affluaient. Pour lui, la pédagogie est un autre métier. Il ne pensait pas que ça lui plairait et surtout, ne pensait pas en retirer autant en terme de rapports humains, de rencontres, d’échanges. En trois ans, je l’ai donc vu évoluer dans son rôle de prof. et j’ai aussi pu constater les progrès de ses élèves. Il n’est pas le genre de maître qui impose, qui propose des cours magistraux et didactiques à des classes bondées. Bien au contraire, il refuse constamment des élèves, préfère des petits groupes où il peut prodiguer des conseils personnalisés, le tout dans une ambiance chaleureuse. Ses cours de 3 heures sont un moment de détente où chacun apprend l’aquarelle botanique devant des fleurs, fruits ou légumes que Vincent choisit avec soin. 

« Dans mes cours, j’aspire à ce que chacun extériorise ce qu’il a au plus profond de lui, pour laisser s’exprimer sa personnalité et sa sensibilité.» Parallèlement, il organise des stages de trois-quatre jours en France et de plus en plus à l’étranger. Il part d’ailleurs en Australie dans quelques semaines. L’aquarelle botanique est méconnue dans notre pays mais s’exporte bien. Après l’Italie et donc l’Australie, Vincent est attendu au Brésil et aux Etats Unis l’an prochain. Il n’en revient encore pas lui-même. Sa notoriété le précède désormais et c’est le regard brillant qu’il m’exprime sa joie d’être accueilli bientôt, de l’autre côté du globe, par celle dont il admire tant le travail : Jenny Phillips. Je sais que ses stages en France accueillent aussi des personnes qui font le voyage spécialement, parfois de très, très loin. Toutes désireuses d’apprendre, de la main d’un des plus grands peintres français d’aquarelle botanique.
« Mais commençons par le début, Vincent, définis moi l’aquarelle botanique et raconte l’histoire que j’aime bien
– Laquelle ? les châteaux ou les explorateurs ?
– Les deux mon capitaine !
– Commençons par les grandes explorations. Au 18ème et 19ème siècle, les navigateurs colonisateurs ou explorateurs embarquaient avec eux des peintres et des botanistes. Ils rapportaient avec eux des planches pour décrire les nouvelles plantes qu’ils avaient découvertes dans ces contrées inexplorées. L’aquarelle était un outil facile à transporter et à utiliser lors de ces voyages. Parallèlement, on raconte aussi que l’aquarelle botanique serait apparue grâce aux jardiniers qui travaillaient dans les châteaux. Illettrés, ils devaient choisir parmi les images peintes sur les étiquettes de sachets de graines, pour pouvoir en reconnaître les variétés. En tout cas une chose est sûre, elle est de tradition anglo-saxonne. Ces pays ont d’ailleurs une véritable culture de cet art encore méconnu en France. Les codes de l’illustration botanique sont d’ailleurs très stricts, la botanique étant une science. »

Vincent, lui, préfère représenter la vie, les plantes dans toutes leurs splendeurs et non en planche où elles lui apparaissent comme mortes, voire « disséquées ».
« Vous n’êtes d’ailleurs pas nombreux à la pratiquer en France, quelle est ta particularité par rapport aux autres peintres ?
– Les ombres portées, qui procurent ce relief, donc une vie aux plantes !
– Ah oui les fameuses ombres, terribles à réaliser…quelle patience et dévouement ! »
Vincent rit. Lui, il peint en téléphonant, en discutant, ça le détend. D’ailleurs il reprendra le pinceau pendant notre entretien. Du travail par dessus les bras, des commandes pour des magazines à terminer, des nouveautés pour apporter avec lui en Australie, un livre sur les roses anciennes en préparation. Il n’arrête jamais. Plus qu’un métier, peindre est une continuité de son être. Il a toujours aimé s’exprimer par ce vecteur. Il me raconte que, petit, il adorait les longues balades en famille pendant lesquelles son père lui enseignait les noms des végétaux et lui transmettait sa passion de la nature. Sa maman, quant à elle, peignait des paysages et des fleurs à l’huile. Elle lui offrira d’ailleurs sa boite à peinture qui ne le quitte pas.

Vincent a donc logiquement débuté ses études par un Bac d’Arts plastiques. Il se souvient avec émotion de ses formidables professeurs de lycée qui lui ont tout enseigné. Puis, il a naturellement intégré les Beaux Arts de Lyon. Il fera ses premières armes au marché de la création de Lyon pour vivre de son travail. Il enchainera les salons (Arts du jardin au Grand Palais, Chelsea Flower show ou festival d’aquarelles de Brioude), les expositions, les commandes pour les magazines (4 saisons du jardin bio), un livre (portraits de fleurs pour le dessin et l’aquarelle aux éditions Ouest France), les stages et les cours. Il ouvrira une galerie dans les années 90. Depuis 2 ans, il est installé à Saint Paul, dans le 5ème arrondissement de Lyon, au 10 rue Juiverie où il a sa galerie atelier. Il est aujourd’hui totalement épanoui par ses nombreuses activités. Il aime aussi aller à la rencontre de nouveaux élèves, de nouvelles cultures, partager cette passion commune jusqu’à l’autre bout du monde.

«Peindre, c’est toucher du doigt cette vie qui nous entoure.»
C’est le métier qu’il a toujours voulu exercer et pouvoir en vivre le comble.
«La nature ne peut être mauvaise, en cela elle est apaisante et bienfaitrice. Elle apporte un réconfort face à un monde hostile. Par exemple, quand je pénètre dans le jardin de roses anciennes de « La Bonne Maison », à la Mulatière, une paix intérieure, une sérénité et une harmonie, me saisissent à chaque fois.» C’est cette poésie que nous retrouvons dans la peinture de Vincent, cette sensibilité. Il transmet sa passion avec sincérité et simplicité depuis 31 ans avec toujours autant de plaisir. Quand je lui demande comment il arrive à garder la tête froide face à sa notoriété toujours grandissante, il me sourit et me rappelle que jamais rien n’est acquis et qu’il faut profiter de l’instant.

« Il faut beaucoup de technique pour que puisse s’exprimer l’émotion, le style vient après. Difficile dans ce monde où tout ne se joue maintenant que sur la sensibilité immédiate et le plaisir instantané…»

 

Son site

Cours et stages d’aquarelle

Sa page Facebook

Son livre

Collaboration à la revue Les 4 saisons du Jardin Bio

 

 

 

 

 

 

Plus de photos ICI

 

 

6 thoughts on “Vincent Jeannerot, peintre aquarelliste

  1. RIBON MARIE-AGNES dit :

    Félicitations pour tes nombreux voyages de travail
    Je suis maintenant à la retraite et espère te voir plus souvent

    merci de m’envoyer ton adresse mail que j’ai perdue

    mille bisous

    mayes

  2. G.Policand dit :

    Chapeau pour le parcours!
    Heureux de l’avoir connu ado!

  3. Rita & Georges dit :

    Délicatesse, charme et poésie. Merci pour ce beau et subtile voyage dans le monde des fleurs.

  4. Quel hommage magnifique ! Bravo…

  5. Elisabeth Amy Chaizemartin Chabrerie dit :

    Belle présentation de l’artiste.
    Raffinement, subtilité des couleurs, un dessin aérien comme un songe vivant.
    J’aime contempler vos créations, c’est un souffle de vie et la tendresse du regard que vous posez sur le monde qui vous entoure,

  6. Gitta dit :

    Depuis qq temps via facebook fan de ces peintures ….

    Formidable ! Une telle finesse ! Incomparable !

    Gitta

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