« Batteur », j’aurais dû me méfier.
Je me suis emballée, portée par mon attachement pour cet instrument.
J’ai donc très vite voulu tirer le portrait d’un batteur.
Mais un musicien qui va se caler au fond de la scène derrière un ensemble de percussions qui le camoufle à moitié, ça ne doit guère avoir envie de s’exposer, non ?
Déjà, quand je lui ai proposé l’interview, Laurent a eu l’air étonné de mon intérêt pour son parcours. Par amitié ou gentillesse, il ne m’a cependant pas refusé. Cela dit, pratiquement à toutes les questions posées, il me répondait avec sincérité, mais objectait en aparté et sourire en coin tout ce dont je ne devrais pas parler. Ça allait être compliqué.
Par timidité, pudeur et surtout humilité, Laurent ne souhaite pas être sous les feux de la rampe.
Quand je lui demande ses spécialités musicales, il me répond : « la paëlla » (si, il est bien italien).

Non, ce n’était pas gagné, il m’eut été plus facile d’interviewer sa femme ou sa mère !
Elles m’auraient dit…
Que Laurent déjà tout petit tapait sur des casseroles sans se lasser. Enfant, il en a usé des batteries, de cuisine…
Son premier « vrai » instrument lui a été offert l’année de ses 12 ans. Depuis, il n’a jamais cessé de jouer. Il admirait Phil Collins à la télévision et essayait de reproduire ce qu’il entendait. Il a commencé à prendre des cours à cette époque et savait qu’il avait trouvé sa voie musicale.
Il travaillera pourtant quelques années comme électro technicien après son Bac, mais démissionnera à 24 ans pour se consacrer entièrement à la batterie. Après avoir suivi des cours avec différents enseignants, Laurent a choisi d’intégrer l’école Dante Agostini à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, pour acquérir une solide formation auprès de Hocine Meniri.

© LF

Il insiste sur l’importance d’avoir un professeur qui corresponde, à son envie, sa sensibilité, son approche de la musique. Il affinera sa technique pendant 5 ans dans cette structure et obtiendra un diplôme pré supérieur. Mais son attention est déjà ailleurs, du côté de Chambéry, à l’Ecole Nationale de Musique. Il rejoindra les cours de Patrick Chastel et de son équipe dont il garde un souvenir ému : Pierre Drevet aux arrangements, trompette, solfège et Jean-Louis Almosnino à la guitare jazz. De groupes en orchestres de variété, il intégrera la formation Cyriel Music. Il accompagnera ensuite le chanteur Gilbert Montagné sur plus de 90 dates en France et à l’étranger. De belles années et une rencontre artistique fondamentale avec Dezoriental. Une tournée mémorable s’en suivra de 2003 à 2005. D’autres souvenirs vont illuminer son regard : la chance de se produire à l’Olympia, scène mythique par excellence, et celle de partager des plateaux avec Trilok Gurtu Project et même de les croiser dans le bus !
Il enchaine les dates, les tournées à l’étranger et aime ça.
Mais les groupes se font et se défont…

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La magie, Laurent va la retrouver avec les cirques dans lesquels il officiera : Cirque d’hiver Bouglione, Cirque Baroque et avec le Festival mondial du Cirque de demain sous le plus grand chapiteau du monde, celui du cirque Phénix !
Il y côtoie les meilleurs artistes mondiaux de moins de 25 ans. Une sacrée leçon de vie humainement et artistiquement.
Voilà à peu près tout ce que je n’avais pas le droit de dire…
Conjointement, il joue avec de nombreux groupes, assure des remplacements, souvent au pied levé, grâce à sa technique aguerrie.
Depuis 2010 Laurent a retrouvé avec joie deux anciens membres de Dezoriental pour une nouvelle formation jazz électro world : Jaal.
Il fait également partie de Jacques Helmus Group, jazz fusion, de Jack Bon Slim Combo, rock-blues et de Back to the Seventies.
Parallèlement, Laurent trouve encore le temps de gérer son studio où il me reçoit aujourd’hui et de donner des cours dans une école de musique. Il aime triturer l’électronique, les échantillonnages, se penche de plus en plus sur la prise de son, le mix. Il affectionne cette polyvalence.

Pas un jour sans jouer Laurent, c’est indispensable pour toi ?
Son épouse ne pourra pas s’empêcher de me souffler : « viscéral ». Laurent rajoutera :
«J’ai besoin d’être à l’aise pour ne pas réfléchir, pour cela, il n’y a pas de secret, le travail de l’instrument est nécessaire chaque jour. Si tu veux jouer à 100% de tes moyens, il faut que tu sois à 200%.»
Je crois qu’on ne se rend pas compte du boulot qu’il y a derrière un musicien à l’aise avec son instrument, c’est un chemin de croix la musique. Te vois tu évoluer ?
Par palier. Des déclics se produisent à certains moments, tu passes des caps. Je peux le constater aussi dans le retour des musiciens qui m’entourent. Mon jeu a changé en 5 ans car je ne vois pas la musique de la même façon.
Penses-tu que la profession a changé ?
Oui, aujourd’hui, les musiciens sont de plus en plus technique, sûrement grâce aux nouvelles technologies liées à internet. Les morceaux sont, eux, hyper compressés et on perd en nuance. Il est nécessaire de s’enregistrer pour comprendre ce que l’on joue, pour se corriger et progresser. J’enregistre mes élèves, je leur fait écouter, comment peut-on jouer sans s’écouter ?
Je pense aussi qu’il faut du temps pour faire de la musique, et ça, aujourd’hui…
Tout faire « à la maison » permet aussi de maitriser de A à Z la création, d’où l’intérêt du studio.

Avec les années, tu n’en as pas marre de trimbaler cet instrument ? Tu n’as pas envie de te mettre à la trompette ?
Parfois je n’en peux plus de monter et démonter ma batterie. J’ai envie de la prendre et de la jeter intacte dans le camion. Tu vois cette guitare là… »
Je vois, et je ris, car connaissant Laurent, il serait bien malheureux sans taper sur ses peaux, ne serait-ce qu’un seul jour. Fûts, cymbales et pieds sont emballés, ça et là, dans son studio. Aujourd’hui encore, il est en partance pour d’autres scènes, toujours, on the road again…

 

VIDEO (Tune de Jacques Helmus Group)

Autres Vidéos de Laurent

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2 thoughts on “Laurent Falso, batteur

  1. Julie S dit :

    Laurent,
    Je profite de cet article pour te remercier de ces deux belles années de batterie.
    J’ai beaucoup appris et apprécié ta manière d’apprendre (de guider).
    J’espère que de nombreuses heures de musique sont encore à venir.
    A bientôt !

  2. pyca dit :

    Premier portrait consacré à une vie pour la musique : une belle réussite car on se sent d’un coup plus intime avec Laurent après avoir lu l’article. Cette proximité offre aussi son corollaire : on éprouve cette pudeur palpable de l’homme oeuvrant et travaillant de manière infatigable derrière ses fûts.
    En tout cas, je retrouve totalement cette vision de la musique que partage Laurent avec ses élèves, comme travail, évolution, écoute et … optimisme serein, malgré tous les sacrifices qu’elle exige. Merci à tous les deux !

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