Si la céramique en Gaule intéressa dès le début des années 1900 Joseph Déchelette, ce n’est qu’à partir de l’après guerre que des chercheurs et professeurs d’universités se réunirent et formèrent en 1962 une association : le GECAG (Groupe d’Etude de la Céramique Antique en Gaule).
Une discipline était née : la céramologie.
Ce groupe, dissout en 1973, donnera naissance à la nouvelle Société Française d’Etude de la Céramique Antique en Gaule.

Parallèlement, à Lyon, deux institutions voient le jour : le Musée de la Civilisation gallo-romaine et le Laboratoire de Céramologie créé par Maurice Picon, identifié aujourd’hui comme l’UMR 5138 (Unité Mixte de Recherche) du CNRS, dit aussi « Laboratoire ArAr » (Archéologie et Archéométrie).

« La céramologie consiste, avant tout, à identifier les céramiques découvertes lors d’une fouille, c’est à dire à attribuer des lieux et des dates de production et d’utilisation à tous les tessons exhumés (…) Le céramologue apprend à reconnaître une céramique, une catégorie technique ou un type en voyant de nombreux tessons de la même catégorie ou du même type, en observant leur morphologie et leur coloris, en touchant leur surface et leur tranche, en cherchant à faire « recoller » des fragments en les dessinant. »

 

Evidemment, tout cela est beaucoup plus complexe et une datation ne peut s’effectuer sans d’autres critères. Une collaboration étroite avec différents interlocuteurs, notamment les archéologues de terrain et les autres spécialistes (études du verre, du métal, des os…), est indispensable. Tous les éléments extérieurs doivent être pris en considération et ne peuvent être analysés séparément. Ainsi, le travail de céramologue ne peut être entendu en solitaire. C’est un travail d’équipe. Il faut se tenir informé en permanence des avancés des recherches parallèles, des publications parues ou en cours et échanger avec les divers collaborateurs concernés à tous les niveaux.

«La céramologie est aujourd’hui une discipline relevant des sciences humaines.»

Cécile Batigne-Vallet est céramologue et travaille à la Maison de l’Orient et de la Méditerrannée à Lyon, à côté de l’Université Lumière Lyon 2.

Parallèlement à ses recherches quotidiennes, elle est tenue de rendre des publications et rapports réguliers sur l’ensemble de ses travaux. Elle dirige aussi des étudiants et donne également des cours à l’université Lyon 2. Elle est en charge de projets pédagogiques ou scientifiques, de publications, de stages et de séminaires en céramologie. Elle officie essentiellement en Rhône-Alpes où elle effectue un référentiel sur les céramiques de cuisine mais aussi en Italie où elle participe à une publication collective sur une « domus » de ville étrusque.
Elle a accepté depuis 2014 les fonctions de directrice adjointe des Unités Mixtes de Recherche de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée. Elle est chargée de Recherches première classe.

Mais comment devient-on céramologue ?

Cécile l’est devenue un peu par hasard. Elle qui souhaitait devenir costumière de spectacles, elle a débuté des études d’Histoire de l’Art et d’Archéologie sur le tard après une ré-orientation. Un stage de fouilles en proto-histoire dès la première année la passionnera. Ses rencontres avec Armand Desbat et Maurice Picon seront alors déterminantes et après un DEA puis un Doctorat, elle passera le concours du CNRS.
Sa spécialité : les céramiques de cuisine d’époque romaine en Gaule, pour analyser et comprendre les habitudes alimentaires et les évolutions techniques de cette période.

L’Unité Mixte de Recherche du CNRS, où elle travaille depuis 2001, est experte en Archéologie et Archéométrie.
Cette dernière discipline, moins connue, repose sur des méthodes et appareillages utilisant les mesures pour contribuer à la recherche archéologique. Le laboratoire effectue également la datation par le Carbone 14 dans d’autres locaux. Le tout allié à des outils de haute performance, comme un microscope optique ou un appareil à fluorescence de rayons X qui permettent d’être à la pointe d’une technologie spécialisée pour déterminer l’origine des céramiques.

Cécile est débordée, comme nombreux chercheurs, mais consacre tout de même de son temps à des stagiaires, à qui elle enseigne le dessin de céramique, essentiel à l’étude de celles-ci. La représentation permet la comparaison et elle s’aide, pour ce faire, de son outil fétiche : « le conformateur ».


Cette première approche permettra une éventuelle datation et évaluation de leur origine. Puis il faudra procéder au tri de tous les tessons. Chercher c’est aussi beaucoup répertorier, inventorier, pour pouvoir par la suite comparer et analyser. Un travail de fourmi pour espérer trouver quelques pistes. Il est donc nécessaire pour exercer ce métier d’être patient, de posséder un esprit analytique et synthétique, d’aimer la réflexion, la recherche, la rédaction, la lecture…

Cécile s’est spécialisée dans les céramiques de cuisine de Gaule romaine, plus particulièrement celles de la région Rhône-Alpes.

« L’étude des poteries apporte une multitude d’informations sur l’alimentation des Romains. »

Ici, au laboratoire Archéométrie et Archéologie de la Maison de la Méditerranée et de l’Orient, des chercheurs étudient des quantités de tessons de poterie rapportés de fouilles, après les avoir triés, dessinés, analysés.
Cécile aime se retrouver face à ces sacs remplis de trésors à découvrir. Une part de rêve, d’excitation face au mystère de la trouvaille et à l’histoire qu’ils représentent.
Quel bonheur de toucher ces morceaux du passé !
Qu’ont-ils à nous révéler ?

« À Lugdunum, quelques ensembles mobiliers numériquement importants, bien calés en stratigraphie et bien datés, permettent d’appréhender la batterie de cuisine utilisée dans les habitations du cœur de la ville, sur la colline de Fourvière.»


Ainsi, ses études ont montré que l’utilisation d’une triade : « pot-marmite-plat » révélait que les Romains, au début de l’Empire, se nourrissaient essentiellement de plats en sauce, de type méditerranéen. Ils étaient composés d’épices, d‘herbes aromatiques, de sauce à base de poisson, d’huile, de jus de cuisson, de vin et de miel. Si une tradition italique demeure à différents niveaux, les ateliers de potiers lyonnais ont aussi leurs techniques personnelles et leur argile spécifique. Fourvière, Vaise, la Bourgogne du sud, autant de sites exploités par Cécile et son équipe, qui témoignent de ce passé lointain et offrent, grâce aux technologies et recherches, une idée précise de la vie quotidienne sous l’empire romain (datation, pratiques alimentaires, diffusion, organisation de l’artisanat).
De bien belles recettes en perspective !

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