Buridane m’a toujours fait penser à un papillon.

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À un papillon dans sa chrysalide plus précisément, en transformation, en transition, en devenir. Encore engoncé dans un cocon qui ne lui appartient plus et pourtant déjà si lumineux, fort, épanoui, coloré, plein de promesses !

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Buridane est cette danseuse sur la photo, ce papillon qui s’extirpe et se hisse, d’un corps, d’une enfance, d’un passé. Voici enfin l’heure de sa naissance, sa renaissance, son émergence, sa métamorphose. Pour cela, la petite fille blonde de la photo a du être forte, se battre, estampillée : « pas fragile ». Tout est dit. L’envie de s’en sortir, de partir, de fuir, d’être, d’exister, d’être soi ! Se donner les moyens, « être à sa place », qui revient encore et encore, comme un leitmotiv « être à sa place ».

Avoir fait les bons choix, entre le pire et le moins pire ?

Etre cet âne de Buridan, qui ne pouvant choisir entre l’eau et l’avoine, succomba*.
Elle rajoutera un « e » final au patronyme ; une appropriation qu’elle ne regrette pas. Bien sûr que c’est elle, tout à fait elle, dans ses doutes les plus profonds. Ses choix pourtant elle les assume désormais en pleine lumière, devant un micro et une guitare à la main, bien ancrée dans le présent.
Alors, qui est cette jeune femme aux multiples talents, construite de paradoxes ?!

« Je me suis bagarrée pendant des années pour être quelqu’un de différent, plus épanoui, ouvert, accompli.»

J’ai connu l’artiste d’une manière tout à fait étonnante que j’aime à raconter car c’est un paradoxe en soi que de connaître une chanson par un de ses remix ! Tomber sous le charme de la copie avant même de connaître l’original ! Et puis sentir le papillon qui veille et sommeille, cette « potentialité » pour parler cru, cette richesse d’âme pour parler vrai.

Lionel Dussauchoy, il y a quelques années, avait en effet réalisé un remix à partir d’une chanson de Buridane : « Le Serment » et avait eu la gentillesse de la partager, sur myspace d’abord et puis dans la vraie vie, celle où l’on se retrouve autour d’un verre, d’un plat… Lionel avait en effet travaillé avec elle et enregistré son premier EP. Une chanson tellement forte, que depuis Buridane fait partie de ma discographie et c’est toujours avec autant de plaisir que j’assiste à ses concerts.

En septembre 2015, elle est venue encourager les nouveaux repreneurs d’une salle lyonnaise, réputée pour soutenir les artistes depuis des années : « A Thou Bout d’Chant ». Un concert à guichet fermé où j’ai rarement ressenti une telle émotion, tant de l’artiste que du public. Buridane donne tout lorsqu’elle est en confiance, quand elle est bien. Ce jour était ainsi chargé d’électrons libres, sauvages et bienveillants ! Elle m’avouera que ce concert restera ancré comme l’un des plus forts de sa carrière.
Pourtant il y eu le Japon, le Canada, l’Allemagne, la Russie etc.

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La scène, elle connaît, et pas seulement avec sa guitare. Les musiciens qui l’accompagnent, elle y tient. Un fondement, derrière et à côté d’elle, le talent et la complicité réunis avec Sylvain Ferlay, David Granier et Daniel Jea. Avec eux elle a parcouru les continents et rencontré un public toujours plus nombreux et conquis à chaque fois. Soutenue depuis le début par Olivier Boccon-Gibod, son guide, tourneur et ami fidèle, elle aime ces tournées et ce partage sur scène.

Photo : Claude GASSIAN

Photo : Claude GASSIAN

Comment ne pas être sous le charme de cette « petite » blonde timide, douce et nature qui fait le clown et a toujours un bon jeu de mot pour rigoler. Rire, rire à la face de cette vie, rire pour ne pas pleurer ? La force de ceux qui ont pris des coups et se sont relevés. Comme sur un ring, ne pas baisser la garde. Elle est là, face à moi, honnête et franche, livrée et pudique. Elle force le respect, comme dans ses chansons, comme sur scène. Ses paroles font mouche, elle chante l’universel, ne trompe personne et chacun de ses mots raisonne en nous. Son petit regard malicieux caché derrière ses grandes mèches ébouriffées scintille et nous épingle par sa sincérité, mutine.

Alors oui, comment devient-on chanteuse ?
Peut-être malgré soi, ou par-devers soi…
Buridane voulait être danseuse, elle l’a été, longtemps et l’est encore, dedans.


« La danse était un mode d’expression muet, je suis sorti du silence en écrivant des chansons. »

Les mots ont pourtant toujours été présents, mais à l’écrit, pas à l’oral. Buridane a toujours écrit.

Elle si timide, réservée, qu’elle idée  de chanter ? C’est pourtant souvent les plus introvertis qui se lancent sur le devant de la scène, à l’assaut de leurs propres peurs, face à leur angoisses les plus profondes. « Faire face », finalement, ne serait-ce pas d’abord à soi-même ? Pour arrêter de se mentir, pour se trouver, se découvrir, fouiller ses tripes qui rendent l’âme sous les projecteurs ?

Je n’ai pas envie de dérouler ici le fil de sa vie que l’on peut lire ailleurs, comment elle en est arrivée là, de la danse au chant, de Rouen à Lyon, de tremplins lyonnais aux premières parties d’Alain Souchon…
Le papillon déploie ses ailes et je sais que ce n’est que le début !
Je suis si heureuse aujourd’hui d’être là pour voir et écouter ce si beau cheminement. Pour me laisser émouvoir aux larmes, comme dernièrement sur cette scène. On dit que les artistes qui sont capables de donner la chair de poule en live ont gagné…c’est ce qu’on vient chercher, non, l’émotion ?!

Buridane aujourd’hui sait plus que jamais où est sa place, ce qu’elle veut et avec qui (oui, elle le sait, mais ne sait pas qu’elle le sait). Elle va reprendre les chemins du studio prochainement avec « ses garçons » pour nous offrir enfin ce deuxième album tant attendu. Elle regrette souvent cette lenteur attachée à ce métier et ses contingences, mais prendre du temps est essentiel.

« Faire un album » c’est comme jardiner. C’est faire des choses et c’est aussi savoir attendre et ne rien faire. C’est aussi au départ être tout seul. C’est long d’être seul. C’est long d’être patient. Et quand les choses prennent forme, que c’est long d’attendre le bon jour. »

Résiste « petite lumière touffue », prouve que tu existes, nous sommes là, juste derrière toi, ne te retourne pas, avance, pose un peu ta guitare, écarte tes ailes et vole ! 

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« (…) Cette façon de se raconter à outrance / d’extrapoler sur l’insipide / incapable de simplicité, une faille que le mensonge consolide / qu’est-ce qu’on s’emmerde aussi / et comme on est fatigué d’avance / combien tout parait vide / comme on s’égare en transhumance / ça rend pas vulnérable / et ça rend pas fragile d’être sincère / c’est sans art et sans manière / c’est sans façon que je te préfère.
J’attends de plus en plus morose, qu’on me montre autre chose. »

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« Ce qui va sans dire va encore mieux en le disant ! »
 Talleyrand.

 

 

Plus d’infos :

*Paradoxe de l’âne de Buridan

http://buridane.fr

http://horizonlive.fr/artistes/buridane

 

 

 

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